Petit traité d’autorité – Les injonctions au travail

"Mes salariés, je les choisis brillants, mais pas tout à fait mûrs.

Intelligents, mais pas encore sûrs.

Faites votre marché à la sortie de l'école, choisissez-les flexibles et malléables.

En un rien de temps, vous vous mettrez à table.

Le premier jour, je le prends sous mon aile, je l'accompagne, je le materne.

Au jour second, je fais attention à ce qu'il comprenne qui est la reine.

Le troisième jour, je doute de lui, ouvertement, et il comprend.

Quatrième tour de passe passe, en ce jour 4, il se surpasse.

Numéro cinq, je suis sympa. Vraiment sympa. Il me doit tout et me dit

Au jour six, presque tout. Discrètement, j'en demande plus : "ah bon, et tu viens d'où ?".

Fin de la semaine, jour sept et match : il m'appartient, il est à moi.

Il fait son travail au bouton, et le mien par la même occasion.

De temps à autre, je lui donne du repos, juste ce qu'il faut.

Ni plus, plutôt moins.

Je lui rappelle la chance qu'il a d'avoir une boss comme moi.

Point trop n'en faut, qu'il se remette au boulot !

Pas question de chômer, je lui ai confié mes responsabilités.

S'il cligne des yeux, ou souffre un peu, d'un ton mielleux je lui dis "mais tu fatigues... Tu deviens fragile... Moi qui te pensais solide... C'est ma faute, je t'ai fait confiance..."

Le pauvre petit retombera en enfance et ne voudra pas décevoir l'image de cette mère qui a mis tant d'espoir en lui.

Mais il ne sera pas toujours dupe, et parfois il comprendra.

C'est là que, comme au jour cinq, je serai sympa, très sympa.

Bonne ambiance, rigolade.

Pour rien au monde il ne se risquera à troquer le rire contre le conflit.

Et si vraiment il comprend.

Si à un moment il sort les dents.

En souriant, je lui rappellerai que je sais.

Oui, lorsqu'il était moins fier, lorsqu'il voulait bien faire, il m'avait dit... Il m'en avait parlé..

Et moi qui sais garder les secrets, je sais encore mieux les recracher, enrobés de ma bave malintentionnée.

Les dents rentrées, les dents serrées, le dos courbés, il se remettra à l'ouvrage, ce petit génie.

Point d'outrage, petite fourmi. Tu patauges dans le miel lorsque tu tentes de me défier.

La reine fourmi règne sur son empire.

L'empire du pire. L'empire du mieux. L'empire de celle qui fait ce qu'elle veut avec celui qui fait plus qu'il ne peut.

Et plus qu'il n'a jamais voulu.

Mais ça, il ne le saura pas, puisque je lui bande les yeux avec un carré de soie.

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