En attendant Bojangles, d’Olivier Bourdeaut

"En attendant Bojangles" d'Olivier Bourdeaut, m'a touchée en plein coeur.

C'est l'histoire d'une famille on ne peut plus atypique.

Elle est composée d'un père, d'une mère et de leur petit garçon.

Leur vie est une fête. Ils s'aiment d'un amour inconditionnel et ont décidé que leur vie ne serait qu'amour, plaisirs, amitiés, fantaisies et loufoqueries. Mais surtout, oui, surtout : FOLIE !

C'est leur garçon qui raconte leur histoire.

Il parle de son père.

Tout le temps il chantonnait, mal. Parfois il sifflotait, tout aussi mal, mais comme tout ce qui est fait de bon coeur c'était supportable. Il racontait de belles histoires et, les rares fois où il n'y avait pas d'invités, il venait plier son grand corps sec sur mon lit pour m'endormir. D'un roulement d'oeil, d'une forêt, d'un chevreuil, d'un farfadet, d'un cercueil, il chassait tout mon sommeil. Le plus souvent, je finissais hilare en sautant sur mon lit ou caché pétrifié derrière les rideaux.

De sa mère

D'elle, mon père disait qu'elle tutoyait les étoiles, ce qui me semblait étrange car elle vouvoyait tout le monde, y compris moi.

(...)

Elle s’énervait souvent, mais jamais longtemps, la voix de mon père était pour elle un bon calmant. Le reste du temps, elle s'extasiait surtout, trouvait follement divertissant l'avancement du monde et l'accompagnait en sautillant gaiement. Elle ne me traitait ni en adulte, ni en enfant mais plutôt comme un personnage de roman. Un roman qu'elle aimait beaucoup et tendrement et dans lequel elle se plongeait à tout instant.

De leur relation

Je n'ai jamais bien compris pourquoi mais mon père n'appelait jamais ma mère plus de deux jours de suite par le même prénom. Même si certains prénoms la lassaient plus vite que d'autres, ma mère aimait beaucoup cette habitude et, chaque matin dans la cuisine, je la voyais observer mon père, le suivre d'un regard rieur, le nez dans son bol, ou le menton dans les mains, en attendant le verdict.

(...)

Mes parents dansaient tout le temps, partout. Avec leurs amis la nuit, tous les deux le matin et l'après-midi. Parfois je dansais avec eux. Ils dansaient avec des façons vraiment incroyables, ils bousculaient tout sur leur passage, mon père lâchait ma mère dans l'atmosphère, la rattrapait par les ongles après une pirouette, parfois deux, même trois. Il la balançait sous ses jambes, la faisait voler autour de lui comme une girouette, et quand il la lâchait complètement sans faire exprès Maman se retrouvait les fesses par terre et sa robe autour, comme une tasse sur une soucoupe.

On y lit une vie sans obstacle ni contrainte.

Une vie dans laquelle l'enfant finit par être déscolarisé, parce que la maîtresse voit d'un mauvais oeil les absences répétées de l'enfant. Oui, très souvent la famille s'envole "au paradis", dans sa maison d'Espagne, au gré de ses envies. Cette vie sans contrainte qu'ils se sont offerte ne rentre pas dans les cases de l'école. Et les relations avec la maîtresse et les autres enfants ne font qu'empirer.

Alors, les parents offrent à leur enfant "une retraite anticipée".

Le père aussi raconte.

Il écrit leur histoire. On lit parfois quelques extraits de son livre.

Au fil de la lecture, les extraits de son ouvrage sont de plus en plus fréquents. On découvre un père plus responsable qu'on le pensait. Fou d'amour pour sa femme.

C'est à travers la double lecture des récits du père et de son enfant que l'on comprend l'évolution de leur situation.

L'écriture est imagée, poétique, enivrante.

On est tiraillés entre avoir un avis sur leur déraison et se surprendre à rêver à une vie pleine de liberté.

On vit une valse d'émotions, et on les laisse nous embarquer dans leur danse effrénée sur la belle chanson de Nina Simone, Mister Bojangles.

Maman me racontait souvent l'histoire de Mister Bojangles. Son histoire était comme sa musique : belle, dansante et mélancolique. C'est pour ça que mes parents aimaient les slows avec Monsieur Bojangles, c'était une musique pour les sentiments.

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