Eleanor Oliphant

Livre Eleanor Oliphant va très bien de Gail Honeyman

Eleanor Oliphant va très bien, de Gail Honeyman

Eleanor Oliphant a 30 ans. Elle travaille en tant que comptable dans une entreprise. Sa vie est organisée de manière à ne laisser aucune place à l'imprévu. Le mercredi, elle s’entretient avec sa mère. Le vendredi elle mange de la pizza.

Elle ne reçoit jamais de visite. Non. Elle ne chamboule pas ses habitudes. Surtout pas.

Eleanor Oliphant c'est cette fille que tu rencontres et qui n'a pas les codes sociaux. D'ailleurs elle évite au maximum les interactions sociales, c'est plus sûr.

J'ai toujours été très fière de mener ma barque seule. Je suis une survivante - je suis Eleanor Oliphant. Je n'ai besoin de personne, il n'y a pas de grand vide dans mon existence, il ne manque aucune pièce dans mon puzzle. Je suis auto-suffisante.

(...)

À force d'observer les gens depuis mon banc de touche, j'avais fini par comprendre que le succès en société dépendait souvent de la capacité à faire semblant. Les personnes populaires devaient savoir rire de choses qu'elles ne trouvaient pas très drôles, et faire ce qu'elles n'avaient pas envie de faire avec des gens qu'elles n'appréciaient pas plus que ça. Moi pas. Il y avait longtemps, j'avais décidé que si je devais choisir entre ça et mener ma barque en solo, alors je mènerais ma barque en solo. C'était plus sûr. La douleur est la rançon de l'amour, dit-on. C'était trop cher payé.

 

Elle a erré de famille d'accueil en famille d'accueil. A reçu moult visites des services sociaux. Ses collègues aiment tantôt l'ignorer tantôt se moquer d'elle ouvertement, parfois même en oubliant qu'elle est là. Au fond, avec elle, on a le droit. Elle est tellement bizarre.

Pendant tout le livre, tu es dans sa tête, et tu la vois évoluer.

Parfois, elle a des réflexions surprenantes et drôles.

Quand je ne suis pas sûre de la marche à suivre, je me demande : que ferait un furet en pareil cas ? ou : comment réagirait une salamandre si elle se retrouvait dans la même situation ? Invariablement, la bonne réponse s'impose à moi.

(...)

Le barman qui mesurait un bon mètre quatre-vingts, avait percé ses oreilles de trois trous énormes avant d'y insérer des petits disques en plastique pour les agrandir encore. Pour une raison inconnue, j'ai pensé à mes rideaux de douche.

 

Elle est en permanence de l'analyse et la critique de ce qui l'entoure et ce/ceux qu'elle rencontre.

J'ai beaucoup de compassion pour les êtres séduisants, parce que la beauté commence à s'étioler à l'instant où vous en êtes dotés, elle est éphémère. Ce doit être très dur. Devoir sans cesse prouver que vous ne vous réduisez pas à cela, vouloir que les gens ne s'arrêtent pas à votre apparence, avoir envie d'être aimé pour soi-même et non pour son corps splendide, ses yeux pétillants ou sa chevelure luxuriante.

(...)

On ne m'avait jamais offert de ballon à l'hélium, et surtout rien d'aussi étrange.
- C'est Bob l'Éponge, Eleonor, a-t-il articulé comme si j'étais une attardée. Bob l'Éponge carrée.
Une éponge de bain semi-humaine avec des dents de lapin ! À vendre comme si c'était une chose des plus banales ! Toute ma vie, j'avais entendu les gens dire que j'étais bizarre, mais franchement, quand je voyais ça, je me trouvais plutôt normale.

 

Elle semble être totalement insensible à tout. Pourtant il arrive que la vie ait du mal à passer. Alors pour la digérer, elle boit de la Vodka, beaucoup. Ça lui fait digérer l’indigeste, le lourd, le difficile, tout ce qui risquerait de faire mal.

 

Certains jours, j’avais cru mourir de solitude. Des gens disent parfois qu’ils sont sur le point de mourir d’ennui, qu’ils meurent d’envie de boire une tasse de thé, mais pour moi mourir de solitude n’a rien d’une hyperbole. Quand je me sens dans cet état, ma tête bascule vers l’avant, mes épaules s’affaissent, j’éprouve le besoin douloureux d’un contact humain –j’ai vraiment le sentiment que je vais m’écrouler et succomber si quelqu’un ne me prend pas dans ses bras, ne me touche pas. Pas un amant, s’entend ; cette folie mise à part, j’avais depuis longtemps abandonné tout espoir qu’une personne puisse m’aimer de la sorte. J'espérais juste être aimée comme un être humain. Le massage crânien de la coiffeuse, ma vaccination contre la grippe de l’hiver dernier ; chaque fois que j’avais un contact humain, c’était parce que je le payais, et encore était-ce souvent à travers des gants en caoutchouc.

 

Un jour, sa boîte engage un nouvel informaticien, Raymond. Un type négligé qui a décidé de sociabiliser avec elle. Ça ne l’enchante pas.

Et puis, aussi, elle découvre un jeune chanteur de rock. Elle décide que ce sera lui l’homme de sa vie.

Ces nouveautés la poussent à s’intéresser, à s’adapter, à changer, un peu. A comprendre. A se comprendre, se voir changer, et accepter tout ce qui l’a amenée à se protéger.

 

Eleanor se révèle au fil de la lecture. Elle est touchante.  Elle est marrante aussi. Et parfois, poignante. Elle a expérimenté le rejet, l'abandon, les ruminations, l'auto-protection, le contrôle. Tout un tas de situations et de sentiments qu'on a forcément vécu à un moment ou un autre. Une résonance qui donne envie de la voir s'en sortir. Et de la suivre.

Mais surtout, Eleanor a, depuis le début, fait comme elle pouvait. Avec le peu qu’elle avait.

Mais ne t'inquiète pas pour elle, parce qu'Eleanor Oliphant va très bien.

 

 

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